Notre blog

Que vous soyez personnellement concerné·e, proche d'une victime, ou simplement en quête de compréhension : nos articles éclairent les violences de genre et sexuelles, vos droits et les ressources qui existent.

Certains articles abordent des sujets sensibles. En cas de besoin, retrouvez nos ressources d'écoute et d'urgence sur notre page Besoin d'aide ?

Inceste en Suisse : quand la Confédération reconnaît avoir « trop longtemps regardé ailleurs »

Le 27 février 2026, à Fribourg, la conseillère fédérale Elisabeth Baume-Schneider a pris la parole devant l’association Stop Inceste. Un moment rare : celui où l’État suisse admet publiquement une faille qui dure depuis des décennies.

Un rendez-vous qui marque les esprits

Ce jour-là, l’association intercantonale Stop Inceste organisait sa première rencontre nationale au cinéma Korso de Fribourg. Au programme : la projection de Cassandre, un film de la réalisatrice Hélène Merlin inspiré de sa propre histoire d’enfant victime d’inceste, suivie d’une table ronde réunissant chercheurs, cliniciens et personnes concernées.
C’est dans ce cadre que la conseillère fédérale a pris la parole. Elle a rappelé les mots de l’autrice Cécile Cée, présente ce jour-là, pour qui l’inceste n’est jamais une affaire entre deux personnes seulement, mais toujours une histoire de famille et de silences imposés. Puis, en son nom propre, Elisabeth Baume-Schneider a reconnu que la société suisse a « trop longtemps regardé ailleurs ».
Une phrase courte, mais qui déplace quelque chose : ce n’est plus seulement aux victimes de porter la parole. C’est à l’État de reconnaître qu’il a manqué à son devoir de regarder.

Ce que la Confédération s’engage à faire

Cette prise de parole n’est pas un geste isolé. Elle s’inscrit dans la suite d’un postulat déposé en 2024 par le conseiller national valaisan Christophe Clivaz, lui-même membre du comité de Stop Inceste, et accepté par le Conseil fédéral en juin 2024. Ce postulat charge le gouvernement d’établir un rapport sur l’ampleur réelle de l’inceste en Suisse et de formuler des recommandations pour mieux protéger les victimes.
À Fribourg, la conseillère fédérale a confirmé cet engagement : une enquête nationale approfondie sera menée, avec pour objectif de mieux documenter le phénomène et de renforcer les mesures de prévention et de protection.
C’est une nouveauté importante. Car aujourd’hui, contrairement à la France ou à l’Allemagne, la Suisse ne dispose d’aucune statistique fédérale consolidée sur les violences sexuelles intrafamiliales. Il n’existe ni observatoire national, ni commission indépendante dédiée. Les seules données disponibles sont fragmentées : quelques milliers de consultations annuelles auprès des centres d’aide aux victimes, une poignée de condamnations pénales chaque année — sans commune mesure avec l’ampleur réelle du phénomène, estimée par analogie avec les études françaises à environ un enfant sur dix.
Ce décalage est précisément ce que l’association Stop Inceste dénonce depuis sa fondation : entre le nombre de victimes potentielles et les quelque 400 plaintes enregistrées chaque année par les autorités suisses, l’écart est immense. Il ne s’explique pas par l’absence de violences, mais par l’absence de mécanismes pour les voir, les nommer et les documenter.

Qui est Stop Inceste ?

Fondée en 2025, l’association Stop Inceste s’est donné pour mission de fédérer les organisations suisses actives dans ce domaine, de former les professionnel·les — magistrat·es, médecins, enseignant·es, travailleur·euses social·es — à la détection et à la prise en charge des victimes, et de devenir un point de référence pour les médias comme pour les autorités politiques. Son ambition est claire : faire de l’inceste, trop longtemps confiné à la sphère privée et au silence, un véritable sujet de société.
C’est une démarche que nous suivons avec beaucoup d’attention chez CaDo Libre d’être, tant elle rejoint directement notre propre mission d’accompagnement des personnes ayant subi des violences liées à leur genre ou à leur sexualité, inceste compris.

Pourquoi cela nous concerne, à La Chaux-de-Fonds comme ailleurs

On pourrait se dire que ces annonces se jouent loin, à Berne ou à Fribourg, et qu’elles ne changent rien au quotidien des personnes concernées. C’est en partie vrai : un postulat parlementaire ne répare personne, et une enquête nationale prendra du temps avant de produire des effets concrets. Mais ce genre de reconnaissance publique a une valeur en soi. Pour beaucoup de personnes ayant vécu un inceste, l’un des poids les plus lourds à porter est justement celui du doute : est-ce que ce que j’ai vécu compte vraiment ? Est-ce que quelqu’un me croira ? Entendre une représentante de l’État reconnaître, sans détour, que la société a collectivement détourné le regard, c’est un pas — modeste, mais réel — vers une réponse.


11 juillet 2026

Sources : discours de la conseillère fédérale Elisabeth Baume-Schneider à Fribourg, 27 février 2026 (admin.ch) ; Le Temps, « Inceste : la Suisse a “trop longtemps regardé ailleurs” » ; RTS, « Une association créée en Suisse pour briser le tabou entourant l’inceste » ; site de l’association Stop Inceste (stop-inceste.ch).

Le 142, mode d'emploi : la nouvelle ligne d'aide aux victimes

Depuis le 1er mai 2026, la Suisse dispose d'un numéro national unique pour les victimes de violences : le 142. Ce numéro gratuit permet d'offrir, de manière confidentielle, un soutien et des conseils aux personnes victimes de violence physique, psychique ou sexuelle, ainsi qu'à leurs proches, 24 heures sur 24 dans toute la Suisse. Voici, concrètement, comment il fonctionne et ce que vous pouvez en attendre.

Pour qui ? Pour toute personne touchée par des violences — physiques, psychiques ou sexuelles, dans la sphère privée comme dans l'espace public. Le service s'adresse aussi aux membres de la famille et à l'entourage qui ont besoin de conseils ou de soutien pour faire face à une situation de violence. Vous n'avez pas besoin d'avoir porté plainte, ni même d'être certain·e de « mériter » d'appeler : le doute suffit. 

Ce que vous pouvez en attendre : Au bout du fil, des professionnel·le·s formé·e·s. Iels vous écoutent, vous aident à décider de la suite et à trouver des solutions, et vous informent sur vos droits et les démarches possibles. Si besoin, iels vous orientent vers le centre d'aide adapté ou vous aident à trouver un lieu sûr. 

Gratuit, confidentiel… et discret : La consultation est gratuite, confidentielle, et peut rester anonyme si vous le souhaitez : votre histoire n'est divulguée à personne sans votre accord, pas même à la police. Un point important pour votre sécurité : les appels au 142 n'apparaissent ni sur la facture téléphonique, ni sur le relevé des communications. En revanche, l'appel peut figurer dans la liste des numéros composés de votre appareil — vous pouvez l'effacer manuellement. 

Dans votre langue : Les échanges sont possibles en français, en allemand et en italien et des interprètes peuvent intervenir si nécessaire, y compris en langue des signes ; les besoins des personnes en situation de handicap sont pris en compte. 

Important : le 142 n'est pas un numéro d'urgence En cas de danger imminent, il faut contacter directement la police (117) ou les services d'urgence (144) (ou les pompiers, 118). Le 142 est là pour l'écoute, le conseil et l'orientation — pas pour une intervention immédiate.

Qui répond ? Le service est assuré par les Centres LAVI, spécialisés dans l'aide aux victimes. En Suisse romande, les appels sont pris par les centres cantonaux en semaine de 8h à 18h ; en dehors de ces horaires, une ligne intercantonale, confiée à l'association Solidarité femmes prend le relais.

Vous, ou un·e proche, êtes concerné·e ? N'hésitez pas : appeler le 142, c'est déjà faire un premier pas. Retrouvez ce numéro et d'autres ressources sur notre page Besoin d'aide ?

07 juin 2026

Qu'est-ce que l'amnésie traumatique ?

Note : cet article aborde le traumatisme et la mémoire. Si le sujet vous touche personnellement, prenez soin de vous — des ressources d'aide figurent en bas de page.

Il arrive qu'une personne ayant subi des violences, en particulier dans l'enfance, n'en garde aucun souvenir conscient pendant des années, parfois des décennies. Ce phénomène porte un nom : l'amnésie traumatique (ou amnésie dissociative). Loin d'être une « invention » ou un oubli ordinaire, c'est un mécanisme reconnu, que les spécialistes du psychotraumatisme considèrent comme une stratégie de survie.

Un mécanisme de protection

Face à un événement insupportable, le cerveau peut, pour se protéger, mettre la mémoire de l'événement « hors de portée » de la conscience. C'est particulièrement fréquent lorsque les violences surviennent tôt dans l'enfance et sont commises par un proche — un contexte où l'enfant ne peut ni fuir, ni nommer ce qu'il vit. L'oubli devient alors une façon de continuer à vivre malgré l'invivable. 

Ce phénomène est aujourd'hui reconnu : depuis 2015, l'amnésie traumatique dissociative figure dans la définition de l'état de stress post-traumatique du DSM-5, le manuel de référence international en santé mentale.

Ce que dit la recherche

L'étude la plus citée est celle de la chercheuse américaine Linda M. Williams (1994). Sur 129 femmes dont les abus sexuels dans l'enfance avaient été documentés à l'époque, 38 % n'en avaient aucun souvenir lorsqu'elles ont été réinterrogées 17 ans plus tard ; celles qui étaient les plus jeunes au moment des faits, ou abusées par une personne connue, étaient les plus susceptibles de ne pas s'en souvenir. La conclusion des chercheur·se·s est essentielle : une longue période sans souvenir d'un abus ne doit pas être considérée comme une preuve que l'abus n'a pas eu lieu.

Des souvenirs qui peuvent ressurgir

Ces souvenirs ne disparaissent pas forcément à jamais. Ils peuvent remonter plus tard, souvent déclenchés par un événement de vie, une situation ou une sensation. Ce retour peut être déroutant et douloureux — raison de plus pour être accompagné·e. 

Un sujet à manier avec prudence La mémoire humaine est complexe et reconstructive, et ce domaine fait l'objet de débats scientifiques. Les données invalident les affirmations tranchées des deux bords : ni « si vous aviez été agressé·e, vous vous en souviendriez forcément », ni l'idée qu'on pourrait « récupérer » à volonté des souvenirs enfouis. C'est pourquoi le travail sur la mémoire traumatique doit toujours se faire avec des professionnel·le·s formé·e·s — jamais en cherchant à « forcer » des souvenirs. 

Si vous vous reconnaissez

Avoir des zones de flou, des sensations sans souvenirs précis, ou un mal-être dont l'origine vous échappe : cela mérite d'être entendu, sans pression et à votre rythme. Des professionnel·le·s du psychotraumatisme peuvent vous accompagner.

Sources :

Williams, L. M. (1994). Recall of childhood trauma: A prospective study of women's memories of child sexual abuse. Journal of Consulting and Clinical Psychology, 62(6), 1167–1176.  

Association Mémoire traumatique et victimologie (Dre Muriel Salmona), « L'amnésie traumatique, un mécanisme dissociatif pour survivre » : memoiretraumatique.org



Besoin d'en parler ? Vous n'êtes pas seul·e. Retrouvez des ressources d'écoute confidentielles et gratuites sur notre page  Besoin d'aide ?


15 mai 2026

Violences faites aux femmes dans l'UE : ce que révèle la plus grande enquête européenne

Violences faites aux femmes dans l'UE : ce que révèle la plus grande enquête européenne Note : cet article contient des données qui peuvent être difficiles à lire. Si vous êtes concerné·e, prenez soin de vous — et sachez que des ressources d'aide figurent en bas de page. Comprendre l'ampleur d'un phénomène, c'est déjà sortir de l'invisibilité et de l'isolement. C'est pourquoi nous partageons les résultats de l'enquête de l'Agence des droits fondamentaux de l'Union européenne (FRA), l'une des plus vastes jamais menées sur le sujet : 114 023 entretiens dans les 27 États membres. Le tableau qu'elle dresse est alarmant.

Quelques chiffres clés :

  • 1 femme sur 3 (30,7 %) a subi des violences physiques et/ou sexuelles depuis ses 15 ans.
  • 32,9 % des filles ont subi des violences physiques ou psychologiques de la part de leurs parents.
  • Près d'1 femme sur 5 a été victime de son partenaire intime.
  • 29,9 % des femmes en couple ont subi des violences psychologiques et 10,7 % des violences physiques de leur partenaire.
  • 20,3 % ont subi des violences économiques de la part de leur partenaire (interdiction de travailler, absence de contrôle sur les finances).
  • 1 femme sur 3 (30,8 %) a été harcelée sexuellement au travail — dans 88,3 % des cas, l'auteur est un homme.
  • 6,6 % des femmes ont subi des violences sexuelles avant 15 ans.
  • Les femmes en situation de handicap sont près de 3 fois plus exposées aux violences sexuelles (17 % contre 6,6 %).
  • Seules 13,9 % des victimes signalent les faits à la police.

Dix ans après la première enquête de 2014, aucune amélioration significative n'est constatée. Et il faut garder à l'esprit que ces chiffres seraient vraisemblablement plus élevés encore si l'on tenait compte des amnésies traumatiques : de nombreuses personnes n'ont sur le moment aucun souvenir conscient des violences subies.


02.04.2026

Ces chiffres résonnent avec votre vécu ? Vous n'êtes pas seul·e. Retrouvez des ressources d'écoute et d'urgence, confidentielles et gratuites, sur notre page  Besoin d'aide ?

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